C’était l’un des rendez-vous culturels les plus attendus de la rentrée. Depuis le 4 septembre et jusqu’au 24 janvier 2027, la Ville de Lyon accueille pour la première fois une exposition entièrement consacrée à Alphonse Mucha, l’un des grands maîtres de l’Art nouveau. Entre théâtre, publicité, photographie, nature et identité slave, celle-ci propose une lecture novatrice de son oeuvre. Focus sur la manière dont il s’approprie l’image de la femme, qui a toujours été pour lui bien plus qu’un simple ornement.
Alphonse Mucha a traversé la Belle Epoque comme personne, jusqu’à en devenir indissociable. Il en va de même de ses représentations féminines, reconnaissables parmi toutes et qui trouvent encore aujourd’hui un écho dans la communication visuelle contemporaine.
Les 90 oeuvres originales regroupées en six sections thématiques au Grand Hôtel-Dieu l’illustrent très bien. Affiches, dessins et peintures : tous font la part belle à l’image de la femme nouvelle en tant que principal vecteur d’interprétation de son temps. A commencer par le théâtre et la publicité, où l’art rencontre la ville et donne une visibilité toute nouvelle à ces égéries. Car dans le Paris de la fin du XIXe siècle, le visuel investit littéralement l’espace urbain grâce à la lithographie pour devenir l’un des langages de la modernité.
Les affiches ont été un excellent moyen d’élever le goût du public. Les gens s’arrêtaient pour les contempler en se rendant au travail, et en tirant un grand plaisir spirituel. Les rues sont devenues de véritables expositions d’art à ciel ouvert.
Alphonse Mucha
Spectacles, revues, parfums, liqueurs, champagne et biscuits : plus qu’un objet à vendre, chez Mucha, le produit devient surtout la promesse d’un art de vivre, avec toujours la femme comme médiatrice et vecteur du désir.
Une fusion que l’on retrouve également dans ses représentations au-delà de l’affiche, notamment dans celles où la figure féminine devient l’incarnation même de la nature. On pense notamment à la série des saisons où printemps, été, automne et hiver prennent vie tour à tour, à travers un geste, un corps ou un visage… tandis que chaque autre élément de l’oeuvre s’intègre parfaitement dans l’écosystème de la composition.
La merveilleuse poésie du corps humain… Et la musique des lignes et des couleurs qui émane des fleurs, des feuilles et des fruits sont les meilleurs maîtres de nos yeux et de notre sens esthétique.
Alphonse Mucha
Peu à peu, la femme devient symbole d’une modernité qui ne se contente plus d’être regardée, comme le démontre l’émergence de mouvements et médias en tous genres qui viennent bousculer les codes de la communication. Ce qui n’empêche en rien Alphonse Mucha de conserver les siens, comme un style facilement reconnaissable axé sur la centralité du corps, sans oublier la puissance de l’image.
Après avoir connu un succès international, l’artiste se questionne beaucoup sur l’identité slave, lui-même né en Moravie qui appartenait alors à l‘empire austro-hongrois. C’est ainsi qu’adviendra Slavia, l’incarnation de la femme patrie, à la fois maternelle et gardienne de l’histoire : une allégorie aussi politique que spirituelle avec laquelle Mucha transmet une vision plus morale de l’art. L’aboutissement de cette réflexion viendra avec l’Epopée slave, qui n’est pas seulement son oeuvre la plus ambitieuse, mais le rêve de toute une vie : celui de redonner mémoire et splendeur à tout un peuple.
Concernant l’expo, le pari est plus que réussi. Mariant avec élégance intérêt culturel et sens esthétique, aucun doute qu’elle saura faire vibrer la corde sensible de n’importe quel visiteur. Mention spéciale pour la scénographie qui réserve quelques surprises, venant prolonger l’immersion en fin de parcours.

©Malartre/expo Mucha – Fever-2026




