Fruit d’une association de parents et de proches de personnes en situation de handicap, l’Unapei a pour vocation de leur donner une place forte dans la société. Depuis plus de 60 ans, cet organisme innove sur l’ensemble des territoires en agissant avec et pour ces publics grâce à son réseau associatif. Entretien avec Luc Gateau, président de l’Unapei.
- Pourriez-vous présenter votre organisation et ses principales missions ?
L’Unapei est avant tout une union de plus de 330 associations réparties partout en France, y compris en outre-mer. Parmi ses missions figurent d’abord la défense des droits des personnes handicapées comme de leurs proches.
Entrepreneurs militants, nous sommes aussi les principaux initiateurs des actions solidaires et des accompagnements médico-sociaux qui existent aujourd’hui pour les personnes ayant des troubles du neurodéveloppement (déficience intellectuelle, autisme…), polyhandicap ou handicap psychique.
Faire sortir l’enfant de sa famille tout en l’accompagnant dans cette démarche est notre credo pour consolider le vivre ensemble, rendant visibles les personnes « invisibles ». Pour une société respectueuse des différences comme de l’autodétermination de la personne, tant au niveau local, européen et international.
Plus de 330 associations réparties partout en France.
- En 2023, vous avez adopté de nouvelles orientations stratégiques à horizon 2030. Quel est votre projet ?
Dès sa création il y a 65 ans, l’Unapei a toujours eu pour but de lutter contre cette injustice qui refuse d’accepter les personnes en situation de handicap pleinement au sein de la société. Aujourd’hui, le combat reste le même avec trois orientations stratégiques :
- améliorer la qualité de vie de chacun au quotidien ;
- renforcer l’impact du réseau, indispensable pour faire avancer des idées fortes ;
- réussir la « transition inclusive » dans le respect des voix de chacun pour intégrer chaque personne dans sa capacité.
- L’Unapei innove en construisant des solutions d’accompagnement évolutives et adaptées à chaque étape de la vie. Pourriez-vous en dire plus sur les nouvelles demandes en matière de handicap ?

Depuis 2018, nous sommes persuadés que la personne en situation de handicap doit être placée au coeur des enjeux de société. C’est en ce sens que l’Unapei travaille en faveur de l’autodétermination pour transformer l’accompagnement comme l’offre médico-sociale française.
Je pense notamment à l’avancement dans l’âge, qui est une grande mutation démographique. Envisager « l’après-parents » est désormais une question de la plus haute importance et notre réseau, en tant qu’acteur de transformations, est riche en innovations pour trouver des solutions. Cela implique aussi de prévoir des financements à la hauteur des attentes, y compris pour les professionnels.
En cela, nous avons besoin de rendre pleinement effective la loi de 2005 en y allant au plus profond en termes d’application. De même pour la loi de 75 qui a inscrit des éléments de solidarité nationale, aujourd’hui mise à mal.
65% des recruteurs estiment encore qu’il est difficile d’embaucher des personnes en situation de handicap selon le baromètre de l’Agefiph.
- Quelles actions préconisez-vous face à un taux de chômage des personnes en situation de handicap qui explose ?
Les barrières de l’embauche perdurent ; sans doute que les conceptions des uns et des autres y sont aussi pour beaucoup. 65% des recruteurs estiment encore qu’il est difficile d’embaucher des personnes en situation de handicap selon le baromètre de l’Agefiph. Parmi les contraintes les plus citées, on retrouve notamment celles en lien avec l’aménagement du poste de travail. C’est pourquoi l’Etat doit encourager cette démarche et devenir un vrai pilier, surtout au regard des 3000 postes menacés de suppression au sein des entreprises adaptées. Soit autant de personnes qui se retrouveraient sans solution valorisante et parfois même taillée sur-mesure a leurs besoins quotidiens. En l’absence de cet accompagnement humain, les choses seraient beaucoup plus compliquées.
- Accessibilité, citoyenneté, éducation, emploi, logement, santé… Comment comptez-vous poursuivre votre action pour reconstruire une société du vivre-ensemble ?
Vaste sujet ! Nous devons poursuivre l’objectivation des besoins des personnes en situation de handicap et de leurs proches dans une démarche globale. Un de nos projets concerne d’ailleurs les frères et soeurs qui se sentent parfois relégués au second plan dans la cellule familiale, les parents étant pleinement concentrés sur l’enfant en difficulté.
Nous publions aussi des rapports chaque année sur un certain nombre de problématiques : je pense également à la campagne #jaipasecole qui dénonce la non-effectivité du droit à l’éducation des enfants en situation de handicap. De même pour le droit de vote, dans un contexte d’élections municipales.
Côté mobilité, nous sommes en collaboration avec la SNCF pour mettre en place des dispositifs compréhensibles pour les personnes en situation de déficience intellectuelle. Autant de volets constitutifs d’une société du vivre ensemble qui fait partie intégrante de l’ADN de notre combat depuis nos débuts !