Pas un seul jour ne passe sans que l’on n’évoque les risques de manipulation ou de fausses informations relayées par l’Intelligence Artificielle. Son impact environnemental est en revanche un aspect moins bien connu. D’ici à 2030, elle pourrait pourtant devenir l’un des outils les plus demandeurs en énergie. Un sujet dont s’est saisie la Commission Aménagement du territoire et Développement durable du Sénat le 4 février dernier.
L’intelligence artificielle progresse vite, mais pas sans conséquences pour la planète. Elle pose même de vrais problèmes écologiques et ce à plusieurs échelles, à commencer par son mode de fonctionnement, assuré par des datacenters. Ces derniers sont passés de 500 000 en 2012 à 8 millions aujourd’hui. La conception du matériel s’avère elle aussi particulièrement gourmande en matière première, notamment de cuivre et autres métaux, dont les méthodes d’extraction sont loin d’être « propres ». Guillaume Pitron, chercheur associé à l’Iris, le confirme : « Le monde est toujours shooté aux métaux et l’immatériel aggrave encore » la situation. Evaluer les bénéfices de l’IA par rapport à son impact écologique demeure d’autant plus compliqué en raison de la difficulté de remonter les filières. Pour le sénateur Simon Uzenat, une chose est sûre : « On ne peut pas se satisfaire de la situation telle qu’elle est aujourd’hui ».
Malgré un manque de données fiables et transparentes sur la question (entretenue par une certaine opacité des géants du web), on peut tout de même avancer quelques chiffres. D’après Baptiste Perrissin Fabert, Directeur général délégué de l’Ademe, la loi REEN* a permis d’avoir une première photographie de l’impact du numérique en France via une responsabilisation des consommateurs, professionnels du secteur et acteurs publics. C’est même grâce à elle que l’Hexagone serait en avance sur la question en comparaison à d’autres pays.
L’impact de l’IA se répartit aujourd’hui entre 80% pour les terminaux et 20% pour les usages. Un ratio qui risque fortement de s’inverser dans les années à venir compte tenu de l’explosion de ces derniers. Selon Baptiste Perrissin Fabert, nous serions même à « un point de bascule ». Des acteurs comme Google et Microsoft ont par exemple dû revenir sur leurs engagements environnementaux face au nombre de requêtes allant toujours croissant. De quoi poser la question de l’arbitrage relatif à l’utilisation de l’électricité et de la priorisation des usages entre hôpitaux et autres structures. Sans parler de la compatibilité (ou non) de l’IA avec les objectifs de développement durable que se sont fixés les pays suites aux différentes COP. Vaste débat.
L’IA source de solutions ?
Autant de questions qui demeurent en suspens à l’heure où « les risques de dépendance font consensus » comme le rappelle le sénateur Damien Michellet. La co-présidente du Conseil de l’intelligence artificielle et du numérique, Anne Bouverot, en est convaincue : la France aurait tout intérêt à rester souveraine compte tenu du contexte géopolitique et l’arrivée au pouvoir de Donald Trump aux Etats-Unis. « Il s’agit d’un sujet politique avec une attente très claire des citoyens » qui se disent préoccupés par l’impact environnemental du numérique.
Concilier transition verte et stratégie digitale n’en reste pas moins impossible grâce au mix énergétique largement décarboné de la France, auquel l’IA peut elle aussi contribuer en optimisant le fonctionnement, par exemple. Modélisation climatique, gestion des écosystèmes, des ressources ou encore optimisation de la consommation énergétique, sont autant de défis environnementaux que cet outil permet d’ores et déjà de relever.
Le Ministère de la Transition écologique, de la Biodiversité, de la Forêt, de la Mer et de la Pêche, a par ailleurs réalisé avec l’Afnor un référentiel général pour l’IA frugale. Autrement dit, une intelligence artificielle qui utiliserait moins de ressources (matières premières, eau, électricité…) sur l’ensemble de son cycle de vie. Cette nouvelle étape du parcours a récemment été franchie avec le lancement d’une Coalition pour une Intelligence Artificielle (IA) écologiquement durable lors du Sommet pour l’action sur l’Intelligence Artificielle à Paris. Elle réunit à ce jour plus de 200 partenaires contre 91 à ses débuts.
* Loi du 15 novembre 2021 visant à réduire l’empreinte environnementale du numérique en France. Elle entend faire converger transition numérique et transition écologique.
