L’Anses a confirmé « une surexposition de la population française au cadmium par l’alimentation » dans un rapport rendu mercredi 25 mars 2026. La communauté scientifique, quant à elle, alerte sur ce problème depuis maintenant plus de dix ans ; sans être parvenue pour autant à faire réagir les pouvoirs publics.
Une vraie bombe à retardement. Epandu dans les champs car présent en masse au sein des engrais phosphatés utilisés dans l’agriculture, le cadmium finit par se retrouver dans l’assiette du consommateur dès le plus jeune âge. A l’échelle européenne, ce métal lourd a pourtant été reconnu comme un contaminant majeur « cancérogène, mutagène et toxique pour la reproduction ».
Un enjeu sanitaire
Faute d’action, l’Anses prévient que « des effets néfastes à terme sont probables pour une part croissante de la population ». Un constat que partage le député écologiste de Charente-Maritime, Benoît Biteau, lui-même agriculteur et à l’origine d’une proposition de loi visant à « protéger l’alimentation des Français et des Françaises des contaminations au cadmium. » Celle-ci n’a finalement jamais fait l’objet d’un examen comme initialement prévu.
Le parlementaire va jusqu’à dénoncer une inaction « criminelle » de l’État dans le média indépendant Vert. Selon lui, la dangerosité du cadmium « est connue depuis longtemps et pourtant les pouvoirs publics ne font rien ». Avant d’ajouter : « En dix ans, le taux d’imprégnation a doublé dans la population française. C’est une évolution extrêmement inquiétante. » Les enfants seraient même les plus exposés et surtout pendant la période de croissance, pendant laquelle le cadmium se fixerait sur les os à la place du calcium. La toxicité du contaminant s‘étendrait même à d’autres sphères en tant que perturbateur endocrinien, facteur d’ostéoporose, de maladies cardiovasculaires et de certains types de cancers en plein boom.
Quand les doses explosent
De quoi faire tirer la sonnette d’alarme. Dans un communiqué publié le 25 mars, Benoît Biteau appelle à « la responsabilité collective des députés, et notamment celle de la majorité gouvernementale pour permettre la validation d’un texte dans le cadre de la prochaine niche transpartisane ». L’élu souhaiterait également « suspendre l’autorisation d’épandage des engrais phosphatés dont la teneur en cadmium n’est pas conforme aux préconisations des agences sanitaires ». Actuellement, la France bénéficie en effet d’une dérogation fixant des seuils supérieurs à ceux de ses voisins européens (90 mg/kg contre 60 mg/kg), ce qui expliquerait en partie pourquoi ses sols sont davantage contaminés.
D’après l’Anses, le bio n’échapperait pas à la règle même si des études scientifiques suggèreraient le contraire. La Fédération nationale de l’agriculture biologique a déploré des « erreurs factuelles » et demandé de rectifier « rapidement les éléments problématiques » de l’expertise.