C’est tout l’objet de l’audition de Jacques Attali menée par la Commission Prospective du Sénat le 6 janvier dernier. Elle fait suite à la publication d’une tribune co-signée fin décembre par l’écrivain et éditorialiste dans Le Monde, appelant à « fonder une Europe plus fédérale » et à la « création d’une coalition pro-européenne renouvelée, transpartisane et interinstitutionnelle ».
Remise en cause des savoirs, fake news, crise des valeurs démocratiques ou encore attrait croissant pour l’autoritarisme : souhaiter une bonne année 2026 est un « oxymore » a estimé Jacques Attali, car « le pire est le plus vraisemblable à bien des points de vue. » L’écrivain constate en effet qu’il n’y a « pas d’ordre international, que des rapports de force », avec « des traités respectés que par ceux qui le veulent ». Un monde « égoïste par nature et altruiste par intérêt », somme toute.
La démocratie, un modèle en recul ?
« Les Etats-Unis ne se revendiquent plus comme une démocratie mais comme une grande puissance » constate-t-il, ajoutant que les régimes démocratiques « sont de moins en moins nombreux sur le globe. » En cause : leur échec à réduire les inégalités, assurer la sécurité, maintenir l’identité nationale et donner un sentiment d’espérance en réglant les problèmes à long terme. En l’absence de grand projet, ils n’échappent pas non plus à la dictature des énergies fossiles, contrairement à la Chine qui relève chaque jour un peu plus le défi de l’électrification.
Pour résoudre l’équation, Jacques Attali estime que toute décision contraire aux générations suivantes devrait être rendue inconstitutionnelle. « Que sera le monde quand mes petits enfants auront l’âge que j’ai aujourd’hui ? » C’est la question que chacun devrait se poser d’après lui pour intégrer systématiquement la postérité aux décisions politiques. En ce sens, il ne regrette pas tant l’inefficacité de l’Etat que ses dépenses, qu’il juge « scandaleuses » : « il y a sept niveaux de collectivités territoriales en France contre trois en Allemagne ». Sans oublier un manque d’investissement dans la jeunesse, notamment en termes d’éducation.
« M. Trump est une chance pour l’Europe car il nous fait comprendre que nous sommes seuls. Il fonctionne comme un éveil. »
L’Europe en troisième division ?
Aujourd’hui, « personne n’a intérêt à défendre l’Europe si ce n’est elle-même. » Pour Jacques Attali, l’Union ne peut prendre pleinement conscience de son importance que par l’intégration d’une force militaire, d’autant plus qu’elle bénéficie de technologies de pointe en la matière. En ce sens, « Donald Trump fonctionne comme un éveil » estime-t-il. Un constat que partage Vincent Delahaye, secrétaire de la délégation sénatoriale à la prospective, selon lequel « nos démocraties ont besoin d’être secouées. » Avant de conclure : « C’est un incroyable privilège d’être européen et il faut le défendre. »
